Les Préraphaélites, les contestataires de l’Art Anglais

Qui sont les préraphaélites, ce groupe avant-gardiste qui bouscule le monde de l’art anglais au XIXe siècle ?

La réponse à cette question ne va sans doute pas plaire aux amateurs du « grand Raphaël ».

Imaginez une époque où la Royal Academy, l’école des beaux-arts de Londres, régit tout ce qui touche à l’art et enseigne aux artistes la peinture selon le modèle classique italien. Raphael est alors considéré comme la référence absolue. Toutefois, trois élèves, John Everett Millais, William Hunt et Dante Gabriel Rossetti, décident de remettre en cause ces principes. Hunt va même jusqu’à critiquer la célèbre Transfiguration de Raphael, reprochant notamment l’attitude non spirituelle du sauveur.

La Transfiguration, Raphaël, 1518-1520

Pourquoi ces jeunes artistes choisissent-ils de s’opposer aux enseignements de la Royal Academy ? Tout simplement parce qu’ils cherchent à retrouver la moralité dans une société victorienne qui, selon eux, a perdu tout sens moral depuis la révolution industrielle. Ils se tournent alors vers les styles artistiques antérieurs à la Renaissance italienne, notamment vers l’art médiéval et gothique, vers les Primitifs flamands et italiens afin de retrouver une forme de pureté spirituelle dans l’art.

Dès lors, la confrérie préraphaélite s’approprie les récits mythologiques et religieux, les histoires de la table ronde et illustre des scènes littéraires inspirées par la lecture de Shakespeare ou d’Alfred Tennyson.

The Lady of Shalott, John William Waterhouse

Bien qu’ils puisent leur inspiration dans le passé, leur démarche est avant-gardiste ! Leur style se caractérise par une abondance de détails, des couleurs vives, lumineuses et contrastées, et des motifs d’un extrême réalisme, souvent créés d’après nature. L’invention récente du tube de peinture leur permet de sortir de l’atelier et de peindre en plein air. Cette habitude de peindre en extérieur sera reprise par un groupe français, qui donnera bientôt naissance au mouvement impressionniste.

Saluons que ce courant, majoritairement masculin, donne également une véritable place aux femmes. Du moins, elles sont au centre de leurs œuvres. Souvent rouquines, au teint pâle et à la silhouette filiforme, elles sont la plupart du temps entourées d’une sorte d’aura leur donnant une dimension presque mystique. Pourtant, ces femmes, ces modèles, elles sont bien réelles et actives : elles s’appellent Elizabeth Siddal, artiste-peintre ; Christina Rossetti, poétesse, ou encore Jane Morris, couturière.

Vénus Verticordia, Dante Gabriel Rossetti

Cette esthétique préraphaélite marquera les esprits et influencera toute une seconde génération de peintres, réunis autour de William Morris et Edward Burne-Jones.

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