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L’épingle à chapeau, un accessoire féministe !

Ah, les épingles à chapeau ! Autrefois essentielles pour maintenir en place les couvre-chefs élégants des dames, elles font leur grand retour dans le monde de la mode d’aujourd’hui.

 

Ces bijoux d’époque, non seulement pratiques, mais aussi pleins de charme, renferment une histoire fascinante mêlant mode et féminisme ! Dans cet article, nous allons plonger dans le passé pour découvrir l’évolution de ces épingles à travers les siècles, leur rôle dans la lutte contre le harcèlement de rue, et comment elles peuvent encore ajouter une touche d’élégance à n’importe quelle tenue.

L'Épopée des Épingles à Chapeau :

Avant le XIXe siècle : Les astuces pour maintenir sa tenue en place

Depuis toujours, nos ancêtres avaient leurs astuces pour maintenir leurs vêtements en place. Les épingles, qu’elles soient discrètes ou fièrement exposées, ont toujours été de la partie. On les utilisait pour tout, de la fixation des voiles aux coiffures les plus audacieuses. Mais les chapeaux ? Eh bien, avant le XIXe siècle, on les gardait surtout en place à l’aide de rubans noués sous le menton. Pratique, n’est-ce pas ?

 

Pierre-Auguste Renoir - Le Chapeau épinglé

Le XIXe Siècle : Quand l'épingle devient précieuse

Au tournant du XIXe siècle, la fabrication artisanale des épingles était longue et fastidieuse, ce qui limitait leur production en nombre. Certes, la mode néo-classique mettait encore l’accent sur le port de bonnets en dentelle et de couvre-chefs de type « capote » à brides qui se nouaient sous le menton ne nécessitant pas le port d’épingles à chapeaux. Mais la demande grandissait !

 

À cette époque, la production française était plus importante que la production anglaise. Si bien que les femmes anglaises se livraient à une importation massive en provenance de France. Dans le but de prévenir tout déséquilibre sur le marché face à cette concurrence étrangère, le Parlement anglais est allé jusqu’à adopter une loi draconienne, n’autorisant la vente d’épingles à cheveux que deux jours par an, précisément les 1er et 2 janvier ! Les femmes économisaient donc toute l’année pour se procurer l’épingle parfaite en début d’année grâce à leur « Pin Money. »

 

L’expression anglaise « PIN MONEY » désigne l’argent de poche qu’un chef de famille donnait à son épouse et/ou ses filles pour leurs petites dépenses personnelles. C’était donc une somme économisée par les femmes tout au long de l’année, en prévision de l’acquisition de la précieuse épingle (pin) à cheveux tant attendue au début de janvier.

1824 : La Révolution Épinglesque

Le moment tant attendu arriva en 1824 lorsque l’ingénieux Américain L. W. Wriglet inventa une machine capable de produire en série des épingles avec des pointes aussi effilées qu’une aiguille de couturière. Les épingles devinrent plus accessibles, et le Royaume-Uni ainsi que la France suivirent le mouvement industriel. Enfin, les femmes purent s’offrir ce bijou sans avoir à épargner toute l’année, ni à attendre le mois de janvier pour en acquérir une. Les femmes de toutes les classes sociales pouvaient désormais se permettre d’arborer ces bijoux.

La Belle Époque : L'Âge d'Or des Épingles à Chapeau

C’est à la Belle Époque que les épingles à chapeau sont devenues l’accessoire incontournable des modeuses ! À cette époque, les femmes ont commencé à revendiquer leur indépendance et à réclamer le droit de dévoiler leurs cheveux et de porter des chapeaux, à l’instar des hommes. Les coiffures à chignon volumineux étaient à la mode. De plus, aucune dame élégante digne de ce nom ne sortait tête nue. Les chapeaux, véritables jardins de fleurs ou de plumes, sont devenus un accessoire de mode indispensable pour toute tenue. Cependant, en raison de leur taille imposante, ces chapeaux nécessitaient des épingles aux tiges tout aussi imposantes, mesurant environ 30 cm (12 pouces), soit la longueur d’une aiguille à tricoter, pour maintenir cette architecture fragile en place et éviter que le couvre-chef ne s’envole par temps venteux.

 

Le seul hic était que ces pointes acérées pouvaient causer des accidents, notamment dans les lieux publics bondés (les accidents ophtalmologiques se multipliaient). À tel point que le préfet de police de Paris a promulgué une ordonnance en 1913 réglementant le port des épingles à chapeau dans les rues de la capitale.

 

Certaines femmes étaient parfois contraintes de protéger l’extrémité redoutable de leurs épingles avec un embout protecteur, au risque de se voir refuser l’entrée dans les théâtres ou les cafés-concerts. Imaginez la scène : « Désolé, madame, mais votre éping… euh, votre bijou est nu, vous ne pouvez pas entrer ! » 😄

VAN CLEEF & ARPELS Epingle à chapeau en or jaune à motif sphérique orné en serti étoilé d'un semis de rubis ronds.
Les Épingles à Chapeau comme Moyen de Défense

Au fur et à mesure que les femmes gagnaient en indépendance au XIXe siècle, elles étaient malheureusement confrontées au harcèlement de rue (et oui, ça ne date pas d’hier !). Avec le développement des transports en commun dans les villes (trains, omnibus, tramway, métro, etc.), les femmes pouvaient plus facilement se déplacer en pleine journée sans avoir besoin d’être accompagnées. Toutes ces femmes seules dans l’espace public, perçues comme vulnérables, devaient malheureusement titiller certains hommes, et le harcèlement était alors courant.

 

Face à ces agressions à répétition, les épingles à chapeau sont devenues un moyen de défense inattendu mais efficace, de véritables armes dissuasives. Les femmes pouvaient utiliser ces bijoux pour se protéger, notamment en visant le visage de leurs agresseurs. Les journaux de l’époque publiaient même des techniques d’autodéfense impliquant des épingles à chapeau.

La Réaction des Hommes et le Féminisme

Face à l’augmentation des agresseurs blessés par des épingles à chapeau, les hommes, scandalisés par le comportement de ces femmes hystériques qui osaient se défendre (rien moins que ça), commençaient à défendre l’idée qu’il fallait trouver rapidement un moyen de les contrôler avant qu’elles ne fassent plus de dégâts !

 

Des lois ont donc été promulguées pour limiter la longueur de ces épingles, mais beaucoup de femmes refusaient de s’y conformer. Cette résistance féminine, qui peut paraître anecdotique, s’inscrivait en réalité dans le mouvement féministe des Suffragettes, mouvement qui réclamait l’égalité des droits des femmes, entre autres celui de se déplacer en toute sécurité dans les lieux publics.

Changement de mode dans les années folles

L’épingle disparaît finalement dans les Années folles avec la mode des chapeaux cloches, ne nécessitant plus d’épingles pour tenir sur la tête.

Des lois ont donc été promulguées pour limiter la longueur de ces épingles, mais beaucoup de femmes refusaient de s’y conformer. Cette résistance féminine, qui peut paraître anecdotique, s’inscrivait en réalité dans le mouvement féministe des Suffragettes, mouvement qui réclamait l’égalité des droits des femmes, entre autres celui de se déplacer en toute sécurité dans les lieux publics.

Conclusion

Les épingles à chapeau sont bien plus que de simples accessoires de mode. Elles ont joué un rôle essentiel dans l’émancipation des femmes et la lutte contre le harcèlement de rue au XIXe siècle. Bien que leur utilisation comme moyen de défense ait diminué au fil du temps, elles demeurent des symboles de la résilience des femmes.

 

Une grande diversité de modèles :

Diversité de Styles Inspirés :

L’univers de l’Art nouveau et de l’Art déco exerce une influence prédominante sur ces accessoires de mode. Les motifs floraux, les insectes délicats, et les oiseaux évoquent l’esthétique naturaliste chère au premier, tandis que les formes épurées et graphiques reflètent l’influence du second. La pléthore de modèles disponibles témoigne également du remarquable savoir-faire des artisans de la mode, qu’ils soient joailliers, bijoutiers ou modistes.

Une Palette de Matériaux Éclectique :

L’or, l’argent, le métal argenté, l’ivoire, la nacre, la corne, l’écaille, l’émail, la pâte de verre, la bakélite, ainsi que des modèles incrustés de pierres précieuses ou de strass, une multitude de matériaux diversifiés contribuent à la création de ces épingles à chapeaux. Ils reflètent des moments significatifs de la vie sociale et de l’élégance mondaine de celles qui les portent.

 

De véritables chefs-d’œuvre de coiffure, ces épingles sont disponibles dans une fourchette de prix allant en moyenne de 50 à 300 euros, selon la qualité des matériaux employés, la rareté du modèle et la renommée du créateur. Bien entendu, les pièces exceptionnelles signées par des maisons prestigieuses telles que Chaumet, Cartier, Boucheron ou Lalique peuvent atteindre des sommets de prix.

 

Les épingles à chapeaux : nouvelle tendance ?

J’espère que votre curiosité pour ces bijoux d’époque a été piquée. Alors, pourquoi ne pas redonner vie à cette tradition en osant porter fièrement une épingle à chapeau ?

Comment porter les épingles à chapeau de nos jours ?

  • Sur un chapeau : Utilisez une épingle à chapeau pour ajouter une touche de sophistication à votre chapeau de paille d’été ou à votre béret d’hiver.
  • Sur une veste ou un manteau : Fixez une écharpe ou un châle en place avec une élégante épingle à chapeau. Elle peut également être utilisée pour accentuer une écharpe légère en soie ou un foulard en cachemire.
  • Sur un sac à main : Utilisez une épingle à chapeau pour embellir votre sac à main en cuir préféré. Cela lui donnera instantanément un aspect unique.
  • En broche : Si vous souhaitez vraiment mettre en valeur votre épingle à chapeau, portez-la comme une broche sur votre chemisier, votre blazer ou votre robe.

 

Psst : les collectionneurs d’épingles à chapeaux sont nommés les « cappaspingulophiles » !